Lettre à mon ombre

Je n'ai cessé de t'écrire depuis ma dernière lettre, des mots flous, des mots tristes, des mots de colère et des mots d'amour. Toutes ces phrases je les ai imprimé dans un quelque part de mon âme car je sais que c'est là que tu viens contempler la gloire de mon artifice, ma mémoire trébuchante et mes tâtonnements dans le firmament, mes pieds brassant la poussière.


J'ai croisé des voleurs, des pirates et des menteurs, passé des nuits sur des poitrines de joies et des fleurs de lys qui me prenaient pour une abeille dorée. J'ai dessiné sur des coins de feuilles, sur du sable et des murs porteurs des lettres sacrées, des formules magiques et des nombres infinis pour ouvrir les portes entre nos deux mondes. Mais rien n'y a fait. Car un de nos deux cœurs miroirs devaient refléter une crainte. On ne peut fouler le vaste monde dans sa lumière sans avoir une ombre qui s'enfuit droit devant ou quand on se retourne en arrière. Là où tout doit commencer et où tout doit disparaître.

 Lettre à mon ombre
 Lettre à mon ombre



Je crois que j'étais le seul à voir du bleu dans tes yeux, le seul à voir tes joues roses qui mordaient le froid de l’hiver pour rendre les secondes plus chaudes. J'étais le seul à te voir comme un souvenir qui se reflétait comme un futur. Je te vois de plus en plus sur des milliers de visages sans que tu me reconnaisses. Et quand je me perd pour creuser le sol de mes pensées, tu m'interpelles.


Je t'ai probablement aimée et détestée depuis un millénaire et t'ai sûrement promis de le faire pour l'éternité. Mais je commence seulement à comprendre que tu n'aimes ni la mort du passé, ni les illusions du futur. Tu ne veux, ne vis et ne respires de tes poumons que l'amour de ce maintenant. Un amour qui se fout du temps menteur, puisque tôt ou tard, il convergera au creux de nos deux noms pour n'en faire qu'un, le notre qu'aucun de nous n'ose prononcer.


A bientôt mon ombre,
à notre prochain verre de prose.


Garry BOIRON
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